DIEU AU RISQUE DU CORPS

Frère Sébastien, La Pierre qui Vire, juillet 2001.

 

 Nous avons gardé le style oral de ce qui ne fut pas une conférence, mais un partage autour d’un texte biblique. L’enregistrement a été revu et corrigé.

 Je voudrais vous parler de la plus belle des histoires d’amour. Vous avez réfléchi, cette année, sur le corps. C’est un sujet passionnant. Je me suis dit : « il faudrait parler du corps de Dieu”. Et c’est pour cela que j’ai intitulé notre rencontre : « Dieu au risque du corps ».  Dieu qui s’est risqué à avoir un corps. Qu’en a-t-il fait ? 

Le corps de Dieu, le corps de l’homme, le corps de la femme... tout cela se mettant en jeu dans un mystère d’amour, avec des drames. Mais, comme ça me dépasse, je vais donner la parole à Dieu, en direct, à travers la Bible. Évidemment, à travers des médiations. Donc je vais donner la parole à la salle. C’est pour vous éviter de dormir ! On va travailler ensemble. J’espère que vous ne dormirez pas trop.

 Pour le démarrage, je vais jouer le rôle de l’animateur. Si on racontait cette histoire à des enfants, on pourrait dire : « Cette aventure-là, Dieu y pensait depuis longtemps. Et puis, un jour, avec son grand besoin d’aimer, il se lance, il crée le monde, par sa parole et dans le souffle. Il met au monde des créatures diverses, d’abord seulement matérielles, puis animales ».

 En une deuxième étape, il façonne un petit bonhomme. Il le prend sur ses genoux, et, comme dit le Livre de la Genèse, chapitre 2 verset 7, « il insuffla dans ses narines une haleine de vie. » C’est très mystérieux : Dieu qui met son propre souffle dans ce petit bonhomme. À partir de ce moment, il y a quelque chose de divin dans l’homme. Pas facile à préciser. Mais, c’est sûr, entre Dieu et l’homme, il y a une communauté de vie. Par la suite l’humanité se développe : des hommes, des femmes, tout un peuple... Dieu admire. Il trouve que c’est tellement beau, qu’il commence un nouveau rêve, car Dieu est un grand rêveur. La Bible est pleine de ses rêves. Il rêve de jouer pour de bon le jeu de ses propres noces avec cette humanité, avec ces hommes et ces femmes. Ce rêve de Dieu traverse tout l’Ancien Testament. Dieu attend le jour où sa fiancée - qui se prépare, qui grandit, qui sait ce à quoi elle est appelée - deviendra une femme qu’il va épouser : la collectivité de ceux et de celles qui entreront dans le jeu de l’Amour qui leur est proposé. Les siècles passent.

 Troisième étape. Dieu en vient à se dire : « Il ne me suffit plus d’être en eux en tant que souffle, même divin. Quand je les regarde, c’est tellement beau, que moi aussi, j’ai envie d’avoir un corps, comme eux ! » Et le Père dit au Fils : « Tu y vas ! » Et Dieu s’in-corpore. Incroyable. Si ! A partir de ce moment-là, il y a un corps en Dieu, car Jésus est Dieu, Jésus est le Fils, la deuxième personne de la Sainte Trinité. Et c’est pour toujours. Dans la foi, nous le savons, il y a désormais dans le sein de la Trinité un homme avec son corps.

 Tout se présente comme une immense parabole. Les paraboles tentent de nous faire comprendre l’indicible. Cette parabole essaie de nous faire réaliser le projet d’amour de Dieu et comment il le réalise. Ce projet, Jésus l’a incarné, l’a réalisé, en a parlé. Et c’est ce qui nous amène au texte que vous avez sous les yeux.

Ce texte se situe au moment où tout est à point pour la consommation des noces. Paradoxalement, Jésus est au bout de sa vie. Il sait qu’il va connaître un moment à la fois éblouissant et dramatique. C’est la structure même de l’Amour. Nous, nous savons qu’il réapparaîtra, de l’autre côté de la mort, en vainqueur, dans la Résurrection.

 Tout cela est une aventure corporelle. Nous ne sommes pas de purs esprits ou des cerveaux sur pattes. Nous sommes des hommes et des femmes qui avons un esprit, une âme, un corps. Je voudrais, à travers le texte qui est là, que nous nous posions la question : « Est-ce vrai qu’il s’agit d’un engagement corporel de Dieu ? Est-ce vrai que Dieu s’est risqué dans son corps, nous apprenant du même coup à nous risquer dans notre corps ? Pas d’amour sans cela. Ce sera parfois exaltant, passionnant, et quelquefois difficile, parce qu’il faudra, un jour ou l’autre, que le corps passe par le trou de l’aiguille...

 Le texte que vous avez sous les yeux est mis en page comme dans les colonnes d’un journal. L’intégralité du texte de Marc, à partir du verset 38 du chapitre 1, y est reproduit.

 Marc construit son texte avec grand art. Il a une vision réaliste de la vie humaine. Il sait que c’est un combat du Bien et du Mal. Il choisit donc de donner des coups de projecteurs alternatifs sur le Mal, sur le camp du Mal, puis sur le camp du Bien. Le camp du Mal prend place dans le registre du haut du tableau que vous avez sous les yeux. On voit comment le Mal prolifère. Le camp du Bien, de ceux qui sont du côté de Jésus, avec lui, se trouve dans le registre du bas.

Etant donné qu’aujourd’hui nous nous centrons sur l’amour de Dieu en Jésus pour l’humanité, je n’ai fait que résumer par des titres, en tête des colonnes, ce qui concerne le camp du Mal, dans le registre du haut. Le récit y commence par “Jésus dénonce les mauvais scribes”. Puis, je continue à l’horizontale en sautant le chapitre 13 : « les chefs juifs – dont les mauvais scribes déjà mentionnés – complotent pour tuer Jésus ». Le propos est clair : « Celui-là, on va le tuer, il nous dérange trop ». Colonne suivante : « Judas, un des disciples de Jésus se joint aux puissances du Mal », qui gagnent du terrain. Colonne suivante : « Jésus annonce qu’un des disciples va le trahir ». Puis, colonne 6 : “Jésus annonce aux disciples que tous vont l’abandonner”. L’affaire tourne au plus mal...

 Où est-ce que cela va aller ? Est-ce que, vraiment, Satan va arriver à réunir autour de lui tous ceux qui étaient les partisans de Jésus ? Arrêtons-nous là en ce qui concerne le camp du Mal, puisque ce n’est pas notre sujet aujourd’hui. Mais vous pourrez poursuivre vous-mêmes jusqu’à la fin de l’Evangile... Le registre du haut pourrait être titré : « l’invasion du Mal et sa victoire apparente ».

 Passons maintenant en dessous de la grande barre grise horizontale, pour nous retrouver... dans le camp du Bien. Là, j’ai reproduit le texte intégralement. Ce qui est intéressant, c’est que l’auteur, qui est un expert en la matière, a construit ses colonnes de manière à en faire des parallèles symboliques très évocateurs. Un peu comme, en audiovisuel, le procédé du fondu-enchaîné : la superposition partielle et la succession ordonnée des diapositives font apparaître du sens. C’est ce que j’aimerais voir avec vous.

 En même temps, je voudrais vous dire ceci. En ce moment, il y a Quelqu’un qui vous regarde. Celui qui vous a créés. Celui qui est encore plongé dans son grand rêve. Celui qui a un vrai désir envers chacune et chacun de vous. Il connaît très bien vos points douloureux ! Il sait parfaitement l’espérance dont vous avez besoin. Certes nous allons faire travailler notre cervelle. Pourquoi ? Parce que les hommes qui ont rédigé l’Ecriture, poussés par l’Esprit de Dieu, sont des hommes intelligents. Ils font appel à notre intelligence. Mais peut-être encore plus à l’instinct spirituel de l’Amour qui est en nous. Etre aimé c’est être touché par l’autre, et cela remue. Peut-être que, de tout ce que l’on va voir ensemble, vous ne retiendrez quasiment rien, ou simplement un mot, une expression, une image, une question, une impression, quelque chose dont vous pourrez vous dire : à travers ce que la sœur ou le frère a dit, ou moi, Dieu m’a touché. Ce sera la seule chose à emporter. Votre cadeau. Alors, soyons aux aguets.

 L’introduction étant finie, nous nous trouvons à pied d’œuvre. Je vous propose tout simplement de lire le texte : colonne 1.

 Marc 12, 41-44. L’obole de la veuve : « S’étant assis face au Trésor, Jésus regardait la foule mettre de la petite monnaie dans le Trésor. Et beaucoup de riches en mettaient abondamment. Survint une veuve pauvre qui y mit deux piécettes, soit un quart d’as. Alors, il appela ses disciples, et leur dit : “En vérité, je vous le dis, cette veuve, qui est pauvre, a mis plus que tous ceux qui mettent dans le Trésor. Car, tous ont mis de leur superflu, mais elle, de son indigence, elle a mis tout ce qu’elle avait pour vivre (tout son bien : toute sa vie). »

 Nous sommes ici, si l’on peut dire, à la fin de l’Ancien Testament. Dans le chapitre 13, (colonne en noir du tableau), Jésus annonce qu’il va y avoir des guerres, des calamités, Jérusalem va être détruite, le Temple va être détruit, il ne restera rien, rien. Mais, plus tard, on verra apparaître, dans les nuées, le Fils de l’Homme. Nous avons là le rythme du Mystère Pascal. Cette veuve pauvre illustre la fin d’une époque. Elle représente les pauvres d’Israël. Précisons ce qui la caractérise...

- C’est une femme.

- Elle est veuve, c’est-à-dire qu’elle est sans pension, indigente. Elle n’a pas de protection sociale. Le texte le dit en clair : ”Elle est pauvre”.

Mais, veuve, ça veut dire quoi ?

- Sans soutien.

Plus radicalement, concrètement, c’est quoi, une veuve ?

Elle n’a plus de mari.

 Avec un peu de flair, disons même : « Par delà son mari perdu, elle reste en manque de mari. En amour ouvert. » Et voilà que cette femme en grisaille, si pauvre, socialement insignifiante, vient au Temple. Personne ne la remarque. Telle une ombre. Que fait-elle, comme en secret ?

- Elle donne deux piécettes

 Ces piécettes c’est la plus petite monnaie en cours : les plus petites de nos pièces jaunes ! C’est tout ce qui lui reste. Jésus va le dire, « elle a donné tout ce qu’elle avait ». Donc, vous voyez le poids économique du geste ! Mais, en réalité, qu’est-ce qu’elle a fait ?

- Elle a donné avec amour.

 Oui, certainement, mais à qui ?

- Au Trésor.

 Ce qu’on mettait dans le Trésor était utilisé pour les réparations du Temple du Seigneur et pour les frais des liturgies. Alors,  cette femme qui met dans le tronc du Temple, finalement, à qui donne-t-elle ?

- A Dieu.

 Elle n’a plus de mari à aimer. Alors elle passe de ce qu’elle n’a plus à ce qu’elle a encore. De l’amour d’un homme à l’amour de Dieu. À ce qui est devenu pour elle le seul important : Dieu, son Dieu, son unique amour. Son Dieu qui est là, dans le Temple. Mais, dans le Temple, comment y est-il, Dieu ?

- Invisible, caché.

 Comment peut-il être rejoint ?

- Par la foi.

 Et, plus concrètement ?

- Par un don

 Parfaitement ! Par un don matériel au Temple qui est comme son corps de pierres. L’amour s’exprime toujours par une forme de don.

 Quand on s’occupe du Temple, quand on le répare, on s’occupe de ce en quoi Dieu se manifeste : son corps de pierres. Un corps de pierres, ce n’est encore qu’un corps de pierres. Mais, en ces temps finissants, c’est encore ce qu’Israël a de mieux pour rejoindre son Dieu et lui manifester son amour. L’Ancien Testament est plein de l’amour des hommes pour Dieu, manifesté à travers, j’allais dire, ce qu’ils avaient sous la main. Cette femme représente toute cette humanité fervente, qui n’a pas grand-chose, économiquement, mais qui est pleine d’amour. Alors, ce qu’elle fait en donnant si peu, trois fois rien, est-ce que c’est raisonnable ?

- Non.

 C’est même complètement idiot ! Pourquoi ?

- Cela n’a aucune valeur économique.

 Effectivement. Premièrement, donner deux pièces jaunes pour les réparations du Temple qui devait coûter des sommes, c’est idiot. Et voilà que nous commençons à percevoir ce qu’on appelle l’instinct de l’amour, et, en particulier, l’instinct d’amour d’une femme. Elle, elle sait très bien que ce n’est pas idiot. Et deuxièmement ?

- Elle donne ce dont elle a besoin pour vivre.

 Oui. Il y a un parallèle intéressant avec la veuve de Sarepta (1er livre des Rois 17, 1-16), qui, en période de famine extrême, a donné à Elie tout ce qui lui restait pour vivre, au-delà d’un dernier sandwich.             Même chose pour notre veuve au Temple. En donnant tout, elle va à la mort, puisqu’elle donne, selon la traduction littérale du texte grec “toute sa vie”. Elle donne son vivre, sa nourriture, pour réparer le corps de pierres de Dieu. Elle ne peut pas faire plus pour l’instant. On a là un des traits propres de l’Amour. Même si c’est idiot, je sais que ce petit geste peut avoir une portée folle, celle que je lui donne. Je peux toucher Dieu à travers ce que j’ai en main, ces deux piécettes, à travers ce que j’ai sous la main, son corps de pierres.

Elle joue le tout pour le tout.

 Elle joue l’amour vrai, celui qui donne tout pour exprimer son amour. C’est très beau en théorie, mais c’est aussi vérifié dans la pratique ! L’amour rend idiot. Regardez-vous !

Cette veuve représente le monde des pauvres de Yahvé en attente, en espérance, en tension vers Celui qu’on ne peut pas encore toucher, mais qu’on ne peut renoncer à aimer un jour totalement. Il faut qu’il se passe quelque chose. On a non seulement le droit d’être fou, mais aussi le devoir de l’être. Bon, il faut avancer. Tirons momentanément le rideau sur cette scène.

 Passons directement à la colonne 3. C’est le début du chapitre 14, le début du récit de la Passion. Pas encore la Passion proprement dite, mais ce qui la prépare. Les chefs juifs sont on ne peut plus clairs. Ce Jésus qui met à mal l’ordre établi et menace leur autorité, qui fréquente les pécheurs et conteste ce qu’ont dit les Anciens, qui tient des propos blasphématoires, ne peut être toléré plus longtemps. Il n’y a qu’une solution, on l’attrape et on le supprime. La décision en est prise. Les disciples se rendent bien compte que les événements tournent mal. Ils commencent à trembler. Pour leur maître. Pour eux-mêmes.

 Marc nous raconte alors l’épisode de l’onction de Jésus à Béthanie par une femme.

Et cette femme tremble encore plus que les disciples. Parce que ce Jésus, elle l’a vu marcher sur les routes de Galilée, elle l’a vu guérir des corps, elle l’a entendu, avec ses oreilles, dire des choses étonnantes qui ont bouleversé sa vie. Pour elle ce fut le coup d’amour. Pour elle, Jésus est devenu tout. Elle représente la communauté qui, du temps de saint Marc, était affrontée à la persécution de Néron, à la Passion continuée de Jésus en ses fidèles. Elle représente également nous tous, en ce sens que tous nous sommes affrontés au Mystère Pascal, celui du don de soi, celui du passage par la Mort, et celui d’un débouché sur un au-delà de lumière. Tous. Avec la question vitale : comment nous comporter alors ? Quelle doit être alors notre relation à Jésus ? C’est à ces questions que notre épisode vise à donner des réponses. À travers une sorte de parabole et tout un jeu de symboles.

 Alors, qui veut lire le texte de l’onction à Béthanie au cours d’un repas ?

 Marc 14, 3-9 : « Comme il se trouvait à Béthanie, dans la maison de Simon le lépreux, alors qu’il était allongé à table, une femme vint avec un vase d’albâtre contenant un nard pur de grand prix. Ayant brisé l’albâtre, elle le lui versa sur la tête. Or, il y en eut qui s’indignèrent entre eux : “En vue de quoi cette perte de parfum ? Ce parfum pouvait être vendu plus de 300 deniers, et donné à des pauvres”. Et ils la rudoyaient. Mais Jésus dit : "laissez-la. Pourquoi la tracassez-vous ? C’est une bonne œuvre qu’elle a accomplie en moi. En tous temps, les pauvres, vous les aurez avec vous, et quand vous le voudrez, vous pourrez leur faire du bien. Mais, moi, vous ne m’aurez pas en tout temps. Elle a fait ce qui était en son pouvoir. D’avance, elle a parfumé mon corps en vue de l’ensevelissement. En vérité, je vous le dis, partout où sera proclamé l’Evangile, dans le monde entier, on redira aussi ce qu’elle a fait, en souvenir d’elle "».

 Inutile de préciser que c’est de Jésus qu’il s’agit, et d’une femme qui s’intéresse à son corps, le corps de l’Envoyé de Dieu, à portée de main plus que jamais. Nous allons examiner ce texte lentement, dans l’ordre, en essayant de ne pas trop sauter de choses.

« Il se trouvait à Béthanie, dans la maison de Simon le lépreux ». Le parallélisme des colonnes nous invite à une comparaison attentive avec la scène de l’obole de la veuve.

Avec la veuve, nous étions dans le Temple, le lieu de la religion officielle, le lieu sacré dont Jésus a annoncé ensuite la destruction (chapitre 13). Nous sommes maintenant dans la maison d’un simple particulier, avec la perspective de la destruction prochaine du corps de Jésus. Une transposition, considérable, s’effectue...

La maison est celle d’un certain « Simon le lépreux », ce qui n’est pas sans évoquer l’existence de la maladie, du mal dans l’humanité. C’est là que Jésus est entré et va prendre un repas, en pleine humanité banale. Jésus ne retournera plus au Temple. Il restera avec nous.

« Il était à table… », allongé sur un divan, à la manière grecque, comme cela se passait dans les repas solennels, entre hommes exclusivement. Que se passe-t-il alors ? Une femme, qui n’était pas invitée, entre. Le parallélisme nous renvoie de nouveau à la veuve à l’obole. Femme pour femme. La première était veuve, en attente d’un nouvel amour, disons même en folle espérance. Nous allons découvrir peu à peu la deuxième. La roue du temps a tourné, Jésus est là. Ce que nous savons, c’est que cette femme tremble pour celui qu’elle aime plus que tout. Elle sait que ses ennemis sont sur le point de l’arrêter et qu’il n’en sortira pas vivant : il est perdu. Perdu en ce qui le concerne. Perdu pour elle. Il faut agir, et vite. Qu’apporte-t-elle ?

- Un vase d’albâtre contenant un parfum pur de grand prix.

 C'est-à-dire ?

- L’albâtre, c’est du marbre.

 Oui. Une sorte de marbre translucide, comme les vitraux de l’église de Germigny près de St Benoît sur Loire. La lumière passe à travers. Comment imaginez-vous ce vase ?

- Tout petit. Un parfum de prix, un Channel n° 5, en général, ne se met pas dans un bocal à cornichons !

Donc un petit vase mais de grande valeur. Sculpter un vase à l’intérieur d’un marbre, c’est un travail d’art. Continuons.

 L’albâtre, c’est le contenant, mais, dedans, il y a un parfum de grand prix. Et nous voilà tirés par la manche grâce au parallélisme avec la veuve du Temple. D’un côté la pauvresse qui donne tout ce qu’elle a, ses deux piécettes sans valeur. De l’autre, la femme riche, et son parfum de grand prix.

Jésus va bientôt mourir, on va le lui enlever, c’est peut-être la dernière fois qu’elle peut le rencontrer. Je ne sais pas si, après avoir réalisé en un tournemain sa fortune, elle a couru chez le parfumeur pour acheter le parfum le plus cher qui existe. Toujours est-il qu’elle arrive pour une geste ultime, son dernier geste, un geste qui dira tout et dans lequel elle veut jouer sa vie. Bon, elle arrive, que fait-elle ?

- Elle brise l’albâtre.

 Qu’est-ce à dire ? Ce détail est-il réaliste ? Oui. Un tel vase de parfum, au col effilé, était cacheté avec de la cire. Il était quasiment impossible de l’ouvrir sans faire tomber de la cire dedans. Dans un parfum pareil, c’était impensable. Donc la femme casse le col et verse le parfum. Que se passe-il alors ? Tout le parfum se répand dans l’atmosphère. La femme ne garde rien. D’un seul coup, tout est donné. La veuve avait donné toute sa vie en donnant ses deux piécettes sans valeur. L’autre femme, donne tout en volatilisant d’un seul coup tout son parfum de prix.

Comment expliquer cela ? Qu’est-ce qui fait la valeur, non pas vénale, mais sentimentale, de chacun de ces deux dons ? Leur valeur cordiale, d’engagement ? Qu’est-ce qui les met à égalité par ce qu’ils expriment ? La femme de Béthanie a répandu pour Jésus tout son amour. Ce n’est pas une question de quantité.

Il y a plus. Son vase d’albâtre est brisé, c’est irréversible. Il ne pourra plus jamais servir. Comme les objets ultra sacrés : un seul usage, une seule fois. On ne recommence pas, c’est trop sacré, ça ne peut servir à rien d’autre, pour personne d’autre, c’est fini. La femme a tout donné et tout dit, définitivement, d’un seul geste, un geste sacré. Quel est ce geste ?

- Elle le lui verse sur la tête.

 Voyons cela avec nos yeux. Jésus est à table, elle arrive par derrière. En soi, ce geste n’a rien d’extraordinaire au cours d’un banquet solennel de ce genre. En particulier, dans les noces, il revenait à la fiancée, future mariée, d’accueillir un personnage important en lui parfumant la tête. Donc c’est vraisemblable, la femme honore Jésus, en le parfumant.

Le parfum répandu se diffuse immédiatement, il est respiré avec bonheur. Un bonheur qui est entre les deux protagonistes - une communion entre eux deux - mais aussi par tout l’entourage. Jésus goûte le parfum de la femme et la femme son propre don.

 Mais, c’est quoi, le nard ?

- De l’extrait.

 Cet extrait, c’est un parfum excellent, qui se présente sous la forme d’une huile odoriférante. La femme arrive donc, débordante d’amour, elle verse son nard sur la tête de Jésus, la tête de son corps. Sur son corps en commençant par la tête. Qu’est-ce qui se passe à ce moment-là ? Matériellement, et aussi dans la symbolique ?

- C’est un geste d’onction.

 C'est-à-dire ? Pourquoi prendre de l’huile et faire des onctions ?

- Parce que l’huile pénètre dans la chair, dans le corps.

 Voilà. L’huile, lorsque vous en mettez sur la pierre d’un autel, vous pouvez ensuite frotter avec une brosse et du détergent, ça ne partira jamais. Si vous mettez une bonne pommade sur une jambe, elle va y pénétrer, à fond, y rester : impossible de l’enlever. Mes mains de prêtre ont été ointes au jour de mon ordination. C’était pour signifier le caractère permanent de la grâce sacerdotale reçue.

 - Dans la Bible, l’onction dit aussi le choix.

Effectivement, dès l’Ancien Testament, l’onction est signe de reconnaissance. L’onction signifie concrètement qu’on reconnaît que cet homme-là est choisi par Dieu – ou par son Envoyé. En Israël, l’oint par excellence était le roi-messie. Cette note est discrètement présente à l’arrière-plan de notre récit. Mais, tant qu’il n’y a que Dieu pour désigner son élu, d’une certaine façon, il n’y a rien. Qu’est ce qui fait qu’un homme choisi par Dieu devient effectivement messie-roi ? C’est le fait qu’il soit reconnu par le peuple et accueilli comme tel. Par l’onction qu’il lui confère.

 Et voilà ce que fait la femme, en un geste dont elle ne perçoit évidemment pas toute la portée symbolique ? Mais l’auteur nous la fait percevoir, et c’est là l’important. La communauté de Jésus, représentée par la femme, avec son infaillible instinct d’amour, reconnaît en Jésus celui qui a droit à tout son amour, à un amour total. Elle l’oint et en fait son « messie », mot qui veut précisément dire « oint ». Et cela suffit. À l’arrière-plan, Dieu donne à cet acte sa plénitude.

 Continuons. Quel est encore le propre de l’huile ? Surtout, à cette époque là où l’huile était très utilisée pour les soins corporels.

 - Elle donne la force.

Oui. Les athlètes étaient oints d’huile. Donc, encore une fois, avec son instinct d’amour, cette femme, à travers cette huile, oint Jésus de force pour le rude combat qu’il va devoir mener. Mais il y a plus. Rappelons-nous que cette femme sait que Jésus va lui être enlevé. En l’oignant...

- Elle partage un dernier moment de grande intensité avec lui.

 D’une intensité extraordinaire, mais il va lui être enlevé.

- Elle le prépare à l’ensevelissement.

 Oui et non. La seule chose qui la hante, elle, est ceci : celui que j’aime, comment faire pour ne pas le perdre le jour où je l’aurai perdu ? C’est le vœu le plus profond de l’amour. Et nous sommes, vous l’avez remarqué, en pleine parabole nuptiale. Grâce à son parfum qui a profondément pénétré le corps de celui qu’elle aime, la femme est définitivement en lui, unie à lui. Indissociablement. Rien ne pourra les séparer. Elle peut regarder lucidement le moment de l’ensevelissement. Son Jésus, on le lui aura pris, on l’aura tué, on l’aura mis derrière une pierre scellée. « Eh bien, je serai avec lui jusque dans le tombeau ! parce que, l’onction dans son corps, c’est mon amour, c’est moi ! »

Faut-il rappeler que tout le Cantique des Cantiques joue du registre des parfums, de l’Amour, de l’union des corps ? Il y a dans l’amour un corps à corps, une onction, une conjonction que rien ne peut enlever. Comme l’huile dans les mains du prêtre, dans la table de l’autel. Pour toujours. On est au cœur de la parabole de l’Amour. L’Amour envisage toujours la Mort comme une victoire de l’Amour sur la Mort : rien ne nous séparera. Et c’est une victoire à deux. Ici une victoire de l’instinct féminin. Jésus est passif. Il accueille, il reçoit, de la femme.

Comme la veuve de l’obole, elle n’a pas calculé tout ça. À y bien regarder, c’est clair que tant chez la veuve au Temple dans l’Ancien Testament, que chez la femme de Béthanie dans le Nouveau Testament, c’est le même Amour, c’est la même folie.

 La femme de Béthanie n’espère pas la Résurrection. La Résurrection, c’est encore impensable, bien que Jésus en ait parlé. Mais elle fait un geste qui pénètre jusque dans la Mort, avec l’espoir qu’on restera toujours ensemble... La Résurrection de Jésus exaucera, le moment venu, ce que nul ne pouvait imaginer.

 “Elle le lui versa sur la tête”. Cela consonne avec ce que nous avons dit de l’onction messianique. La tête, c’est le haut du corps. Mais est-ce la tête seule qui est parfumée ? C’est évident qu’en versant sur la tête de Jésus, tout son corps est oint. Nous utiliserons cela un peu plus loin.

 Passons aux versets 4 à 7. Comment réagissez-vous ?

 - Ce n’est pas raisonnable, cela aurait été ma réaction.

- Ce geste est irrationnel.

- Inutile.

 Est-ce qu’il n’y a pas des mots qui vous font hurler ?

- Vendu, être vendu.

 Voilà. Est-ce qu’on peut vendre l’Amour ? Est-ce qu’on peut dire que c’est une perte ? Oui, d’une certaine façon, on peut dire que c’est une perte. Mais, on est dans « qui perd gagne ». Jésus va tout perdre, tout donner. Au point de vue des évaluations, de l’argent, de ce que ça coûte, ça ne marche pas. Et, en vue de quoi ces pertes, ce gaspillage ? Jésus entend cela au moment où quelqu’un est en train de lui témoigner, au nom de la communauté, un Amour fou ! C’est affreux, vendre l’Amour, et un Amour d’une pareille qualité. Au moins cela nous ramène à du concret, notre concret. Et puis, avouons-le, c’est très bien calculé : « On aurait pu le donner à des pauvres… »

- Ça donne bonne conscience….

 Que dit Jésus ? « Mais pourquoi la tracassez-vous ? » Vous voyez, Jésus n’attaque pas. Il ne dit pas : « Bande de… ». Non, il attaque les consciences, délicatement, en questionnant : « Mais, pourquoi la tracassez-vous? » Il provoque un silence : « Enfin, chacun, dites tout haut pourquoi vous la tracassez ? » Et il ajoute doucement : « C’est une bonne œuvre qu’elle a accomplie en moi. Les pauvres, vous en aurez toujours avec vous, et vous pourrez toujours dire : non, pas celui-là, mais les autres, demain ou après-demain, quand on aura de l’argent, quand on aura le temps, quand on aura vendu de l’Amour…etc.» Puis Jésus fait comprendre que celui dont il faut s’occuper, c’est celui qu’on a sous la main, sans attendre. S’occuper, en ce contexte, c’est lui manifester tout l’amour auquel il a droit.

 Nous sommes renvoyés à un épisode du chapitre 12. Un scribe exemplaire demande à Jésus quel est le premier de tous les commandements. Jésus répond : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force ». C’est exactement ce que vient de faire la femme de Béthanie à travers la personne de l’Envoyé de Dieu. Et, comme si d’avance Jésus prévoyait la question brûlante de l’attention au prochain, en particulier des pauvres, il ajoute, de façon tout à fait traditionnelle, à l’adresse du scribe : « Voici le second : “Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n’y a pas de plus grand commandement que ceux-là”». Le scribe conclut admirablement : « Ce double amour vaut mieux que tous les holocaustes et sacrifices ». Même que le sacrifice d’argent pour les pauvres. Car il s’agit d’un amour ordonné. D’abord Dieu, source de tout amour, ensuite l’amour qui en découle : l’amour du prochain. Dans notre épisode, d’abord l’amour pour l’Envoyé de Dieu, et celui-ci conduira, en toute vérité et efficacité, à aimer les pauvres qui ne manqueront jamais en ce monde.

 Aimer Jésus, l’honorer en vérité, c’est reconnaître en lui celui qui a invité l’homme riche à donner ses biens aux pauvres (10,17-22). Celui aussi qui, notamment lors du repas chez Lévi (2,15-17), a déclaré être venu appeler les pécheurs, qui sont les pauvres par excellence. On le voit attablé avec eux, en totale promiscuité, faisant corps avec eux, indissociablement. Comme avec tous ceux, toutes celles qu’il a touchés physiquement pour les guérir. Un toucher guérisseur qui est un toucher d’amour. Lorsque la femme oint la tête de Jésus à Béthanie, c’est, du même coup, la tête du corps total des pauvres gens qu’elle oint. Vous pensez bien que Jésus ne va pas la repousser, encore moins la critiquer. « Moi, vous ne m’aurez pas en tout temps, c’est le moment ! » L’amour passe alors de la tête messianique à ceux dont il est venu partager le sort. « Des pauvres, vous en aurez toujours et vous pourrez leur faire du bien... ce qui me fera, à moi, le plus grand bien ! » C’est le trajet inverse. C’est Matthieu 25.

 Et Jésus conclut : « Elle a fait ce qui était en son pouvoir. D’avance, elle a parfumé mon corps en vue de l’ensevelissement. »

Elle a fait ce qui était en son pouvoir. C’est extraordinaire ça. Ce Jésus qui va lui être enlevé, lui qu’elle aime éperdument. Eh bien, elle a fait tout ce qu’elle pouvait, mais pas plus. Ensuite, elle le sait, il va être arrêté, maltraité. Mais, pendant qu’elle le pouvait encore, elle a fait ce qu’elle pouvait. L’Amour, surtout en régime chrétien, n’est jamais un forcing, jamais quelque chose de trop héroïque : elle a fait ce qu’elle pouvait. La petite veuve à l’obole avait fait ce qu’elle pouvait, pas plus : toutes les deux ont fait un geste d’amour parfait. L’amour n’est pas une question de quantité.

Tout ceci nous rejoint tous. Le Mystère Pascal travaille nos existences. Effectivement, nous sommes morts dans la mort du Christ, nous sommes passés avec lui dans le tombeau. Ressuscités avec lui, dans la mesure où il y a eu ce geste d’Amour, qui est monnayé par les sacrements.

Le texte se termine par le verset 9. Étonnant ! « En vérité, je vous le dis, partout où sera proclamé l’Evangile, dans le monde entier, on redira aussi ce qu’elle a fait, en souvenir d’elle. »

Cet éloge dithyrambique surpasse tous ceux qui ont jamais été adressés à un personnage du Nouveau Testament : « Partout où sera proclamé l’Evangile, dans le monde entier, on redira aussi ce qu’elle a fait », en anamnèse d’elle, en souvenir de son geste.

Alors, on se dit : « Est-ce que j’ai bien lu ? C’est vrai, c’est beau ce qu’elle a fait. Mais, est-ce que ça mérite que, dans le monde entier, partout où l’on racontera l’Evangile, de Jésus, on doive aussi parler d’elle, elle dont on ne nous a même pas dit le nom ? Pourquoi ce récit est-il indissociable de l’Evangile ? »

C’est parce que son geste est parfaitement exemplaire. C’est le geste du croyant, de l’amoureux, qui entrevoit le passage par le Mystère Pascal, et qui, dans un don total d’amour et de confiance, s’unit à Jésus pour, avec lui, traverser la Mort et déboucher dans la Résurrection.

Cette scène de Béthanie vient se superposer à celle de Césarée de Philippe (8,27-38). Pierre y avait reconnu en Jésus « le messie », l’oint de Dieu. Mais Jésus avait ensuite précisé qu’il n’était pas question d’un messie politique, triomphaliste, mais bien du Serviteur souffrant annoncé par Isaïe 53. Cela, Pierre avait refusé catégoriquement de l’envisager. Jésus avait durement répliqué : « Arrière de moi, Satan ! Tes vues ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes », puis expliqué que le disciple doit prendre sa croix et suivre son maître. Eh ! bien là où Pierre a calé, la femme est passée. « O Femme, tes vues ne sont pas celles hommes, mais celles de Dieu ! »

 Je vous propose maintenant de passer à la colonne 5, en laissant momentanément de côté la colonne 4.

Nous avions remarqué que l’onction de Béthanie se faisait dans une maison particulière, au cours d’un repas, et, comme Marc a de la suite dans les idées au niveau de ses parallèles, de nouveau, on retrouve les mêmes thèmes : “tandis qu’ils mangeaient”, dans une maison particulière. Lisons.

 Marc 14, 32-42 : « Et tandis qu’ils mangeaient, ayant pris du pain, dit la bénédiction, il le rompit, et le leur donna et dit : “Prenez ; ceci est mon corps.” Et, ayant pris une coupe, rendu grâce, il la leur donna, et ils en burent tous. Et il leur dit : "ceci est mon sang, celui de l’Alliance, qui est répandu en faveur de beaucoup ". »

 Que peut-on dire ? Il faut tout prendre, ne rien sauter.

- Ils sont à table.

 Oui, ils sont à table, comme lors de l’onction de Béthanie, c’est le même cadre. Le thème se poursuit. Jésus est encore là, la femme n’y est plus.

 - Ils mangeaient

C’est le repas juif, le repas de la Pâque, très ritualisé. Il y a les deux bénédictions, qu’on connaît. Que dit le texte ? Que font les personnages ?

- Jésus dit la bénédiction.

- Il prend du pain, le rompt et le leur donne.

- Il parle et dit : “Prenez, ceci est mon Corps.”

 C’est énorme. Vous n’oubliez pas que notre thème, c’est “Dieu au risque du corps”. Ensuite ?

- Il prend la coupe, et leur dit « Ceci est mon sang qui est répandu en faveur de beaucoup ».

 Ce “en faveur de beaucoup”, on peut le traduire par “pour la multitude”. Qu’est-ce qui se passe ?

- C’est l’inverse : il recevait, et maintenant c’est lui qui donne.

 La femme a tout donné, l’homme Jésus donne sa vie. Sous quelle forme la femme a-t-elle donné ? Sous quelle forme répond-il ?

- Jésus se donne avec des choses élémentaires de la vie, le pain et le vin.

 C’est très important. Elle, tout son amour s’exprime dans quelque chose de très précieux, un objet, son nard, qui dit le prix de son amour. Lui, de même, avec des choses, mais sans valeur, quelconques : du pain et du vin. Commercialement, c’est peu. Ainsi Jésus va exprimer son amour à travers quelque chose de peu de prix, mais dont il va faire ce qu’il y a de plus précieux au monde. Passons au  niveau des symboles. Nous savons tous le symbole de la convivialité, donner un morceau de pain à quelqu’un, l’inviter à sa table, c’est lui offrir une communion. Mais, il y a quelque chose qui va plus loin. Qu’a fait la femme ?

- Elle a brisé son vase d’albâtre pour lui, et Jésus a rompu le pain pour... elle.

 Que représente l’albâtre entre les mains de la femme ?

- Comme le pain entre les mains de Jésus.

 C'est-à-dire ?

- Jésus le dit : « ceci, ce pain est mon corps ».

La femme n’aurait sans doute pas su bien le formuler, mais, d’instinct, c’est bel et bien son corps qu’elle a brisé, pour que son nard d’amour puisse être répandu sur le corps de celui qu’elle aimait. Leurs deux gestes symboliques se répondent. Jésus rompt son Corps, pour pouvoir le distribuer, avant de répandre, de donner à boire le vin de son amour. Il y a donc un lien entre le fait d’ouvrir son corps, de le briser, de le mettre en morceaux et le don d’amour total à l’autre, aux autres.

L’albâtre est brisé pour toujours, non recollable. Le corps de Jésus est pour toujours en état de distribution. Quand c’est fait, c’est fait. Fini.

L’amour engage toujours le corps pour libérer ce qu’il y a à l’intérieur qui est l’amour.

 Qui a commencé ?

- La femme !

Qui l’a imitée ensuite ?

- Jésus !

 Mais la femme, où est-elle dans le repas eucharistique avec Jésus ?

- On n’en parle pas.

 Cherchez bien...

- Dans la cuisine ?

 Hum ! Non. Dans le groupe des disciples présents auxquels Jésus donne son corps en nourriture. Collectivement ils sont la femme aimée, l’Epouse, la Bien-aimée, la communauté, l’Église. Eux et tous ceux qui sont présents dans le “en faveur de beaucoup.” On demeure dans la parabole nuptiale.

 Mais je reviens à ma question, pas anthropologique, ce serait trop prétentieux : « Lequel des deux a copié l’autre ? »

- Jésus...

 Dans la vie, qui commence à donner, toujours ?

- La femme.

 Et comment ?

- Elle donne la vie.

 Et comment cela commence ?

- En donnant son corps.

 Mais qu’est ce qui se passe dans son corps, au commencement ? Que donne-t-elle ?

- Son sang, au bébé dans son ventre !

 La femme est ainsi la première icône de l’Eucharistie. Elle est celle qui donne la vie en donnant son sang. Après avoir donné son sang dans son ventre, elle donne son lait sur sa poitrine. Elle se donne à boire, comme Jésus dans l’eucharistie. C’est visible. Jésus a bénéficié de ce don initial, humain, dans le sein de sa mère. Par la suite, il a bien regardé les autres mamans. Vivantes icônes de l’Eucharistie nourricière. La femme passe toujours la première en amour. D’abord, parce que, par son physique, elle est symbolique, exemplaire, visiblement. L’homme copie. En l’homme Jésus la copie est divinement réalisée, infiniment au-delà de ce qu’une femme peut faire.

 Que vous dit la parole au verset 24 ?

- C’est l’Alliance avec son peuple.

- C’est les noces.

 Qui en rêvait ?

- Dieu.

 Bien sûr ! Le grand rêve d’amour de Dieu est en train de se réaliser : avoir une humanité qui sera son épouse pour toujours, à laquelle il donnera tout son amour. C’est gigantesque !

Rappelons-nous. Oindre un corps, ce qu’a fait la femme, c’est nourrir sa chair. Et que fait Jésus ? Il donne sa chair en nourriture. Tous les deux, l’un pour l’autre, font la même chose.

La veuve elle aussi donnait son « vivre » pour les réparations du Temple qui était le corps de Dieu avant que Dieu  soit incarné. C’était déjà l’instinct de l’Amour.

 Maintenant nous allons rentrer dans quelque chose d’un peu plus difficile, la colonne 4. Qui veut lire “les préparatifs du repas pascal” ?

 Marc 14, 12-16 : “Le premier jour des azymes, lorsqu’on immolait la pâque…”

 Les azymes. Donc, on est en contexte de repas, à nouveau. On immolait la pâque. On tuait le mouton, on égorgeait les petits agneaux, on faisait couler leur sang conformément à une symbolique de sacrifice. Donc, vous voyez, avant même l’Eucharistie de la colonne suivante, c’était déjà une affaire de sang qui coule.

 « …ses disciples lui disent : “où veux-tu que nous préparions pour que tu manges la pâque ?” Et il envoie deux de ses disciples, et leur dit : “Allez à la ville, et un homme portant une cruche d’eau viendra au-devant de vous. Suivez-le, où qu’il entre, dites au maître de maison : “Le Maître dit : Où est ma salle, où je pourrai manger la pâque avec mes disciples ?” Et lui vous montrera, à l’étage, une grande pièce, aménagée, toute prête; Faites-y nos préparatifs.” Les disciples partirent ; et ils vinrent à la ville, et ils trouvèrent les choses selon ce qu’il leur avait dit, et ils préparèrent la pâque. »

 Rien d’évident. Les exégètes continuent de s’interroger sur plusieurs points. Restons-en à un niveau simple et limité, en étudiant les parallèles de l’auteur. D’abord les personnages :

- Deux disciples.

- L’homme à la cruche.

 Un peu énigmatique. Bon, à votre avis, quel est le personnage principal ? Sur qui l’Evangéliste met-il le zoom ?

- Sur Jésus.

 Pas sûr.

- Sur l’homme à la cruche.

 Vous avez remarqué qu’il n’y a que des hommes dans cette scène. En opposition au registre féminin de la colonne précédente, à Béthanie où le personnage principal était évidemment la femme.

Donc, on n’est plus dans le registre féminin, mais dans le registre des hommes. Et, presque au centre du texte, qui apparaît ?

- Un homme avec la cruche.

 Le parallèle saute aux yeux...

- d’abord la femme avec son vase d’albâtre, ensuite l’homme avec sa cruche.

- L'albâtre, c’est ultra précieux, c’est translucide, c’est une petite merveille. La grosse cruche, bof !…De la poterie grossière. Ça ne vaut quasiment rien.

 Qu’est-ce qu’il y a dans la cruche ?

- Plein d’eau, de la flotte, gratis à la fontaine.

 Et dans le vase d’albâtre ?

- Le parfum. Un tout petit peu de nard très précieux.

 Quand je lis l’histoire de la femme de Béthanie, je trouve cela admirable, mais un peu décourageant. Jamais je ne serai capable d’un pareil amour, d’un pareil don de moi. Je me sens un gros patapouf, terre-à-terre. Ah ! si j’étais une femme ! On rêve... À moins que vous, les femmes, il vous arrive, exceptionnellement, de vous dire également : « Qui d’entre nous a cette qualité d’amour, cette magnificence ? »

On le voudrait, mais qui peut ? Qui peut ? On peut connaître une sorte de désespoir...

 Aussi Marc, après cette femme admirable, fait-il monter sur la scène un bonhomme vraiment banal. Un serviteur quelconque, qui ne fait rien d’extraordinaire. Un comme moi. Alors, là, je m’y retrouve, ça va mieux. C’est simple. On ne lui a rien commandé de compliqué. Son maître lui a dit : « Syméon, tu vas à la fontaine, tu rapportes de l’eau, et tu reviens. » Et Syméon, obéissant, sans faire d’histoires, va à la fontaine et rapporte de l’eau, sans trop savoir pour quel usage. Le serviteur n’a pas à inventer, son tout est d’obéir. Vous remarquez que toute cette colonne est commandée par l’obéissance. Les disciples demandent à Jésus ses ordres : « Où veux-tu que... ? » Jésus, avec une autorité tranquille, donne ses consignes, précises : "Il leur dit" : Allez à la ville ; vous allez trouver un homme, suivez-le,... dites..., il vous montrera,... faites les préparatifs.” » Et les deux disciples, sans faire d’histoires, obéissent en tout point : partent, vont à la ville, trouvent les choses prévues, et préparent la Pâque. De la pure obéissance. Facile. Qui suffit. À préparer la Pâque ! La dernière et la Nouvelle. À préparer le passage de l’Ancienne à la Nouvelle Alliance. Rien de moins !

 Est-ce que ce genre d’obéissance, peut-être un peu masculine, un peu “bête”, a une valeur ? Et si l’amour et l’obéissance étaient des valeurs qui se conjuguent, qui peuvent alterner et offrir à chacun d’être ce qu’il est, et d’exprimer son amour à sa manière ?

La scène est une magnifique parabole de l’obéissance en tous sens. Du coup, tant les disciples que l’homme à la cruche interviennent, chacun à son niveau et à sa manière, dans la préparation du repas eucharistique.

Et je me dis parfois, – ce n’est pas un rapprochement exégétique – quand on apporte la petite goutte d’eau pour la mettre dans le calice au cours de la messe, ce n’est pas les litres de la cruche ! Ce n’est pas grand-chose, mais ça peut être le symbole d’une grande chose. Il y a un apport, dans l’obéissance simple. L’Amour qui obéit est aussi grand que l’amour qui invente. On a besoin de tout, et de tous. Tout l’Amour de Jésus s’est résumé dans son obéissance au Père. Il n’a été qu’obéissance. Il a été l’obéissance en personne.

Si on creusait un peu plus, on verrait que le masculin de l’obéissance et le féminin de l’instinct de l’amour représentent deux dimensions qui ne sont pas celle de l’homme et celle de la femme, mais celle du masculin et celle du féminin, telles se retrouvent en proportion variable en tout homme et en toute femme. Dans la vie religieuse, dans l’Evangile, ces deux valeurs-là sont des valeurs suprêmes.

  Dernière colonne, colonne 6. Qui veut lire ?

 Marc 14, 32-42 « Et ils viennent dans un domaine du nom de Gethsémani. Et il dit à ses disciples : “Asseyez-vous ici, pendant que je vais prier”. Et il prend Pierre et Jacques et Jean avec lui, et il se mit à ressentir frayeur et anxiété. Et il leur dit : « Mon âme est triste à mourir”… »

 Je vous arrête là, parce qu’on n’y reviendra pas. Mais regardez le parallèle avec la colonne précédente : “triste à mourir”. “Le corps rompu”, “le sang versé”, c’était déjà la mort qui commençait. Mais on était dans un repas de fête, à la fois réel et symbolique ; la grande célébration pascale, merveilleuse, avec toutes les évocations de l’Ancien Testament. À Gethsémani, on entre dans la profondeur du symbolisme et du réalisme. « Mon âme est triste à mourir ». Jésus rentre dans le tunnel.

 « Demeurez ici et veillez. Et, s’étant avancé un peu, il tombait à terre et priait pour que, s’il était possible, cette heure passât loin de lui. »

 Jésus est là, envahi par sa peur humaine, dans sa solitude, parce que les disciples sont engloutis dans le sommeil. Tout cela est trop fort pour eux. Et, quand quelque chose est trop fort, ou bien on se drogue, ou bien on prend des cachets pour dormir, ou bien on se suicide d’une façon ou d’une autre. Le sommeil est une façon de se suicider, de se retirer de la situation parce que c’est trop.

 Et il disait : « Abba ! Père ! tout t’est possible ; écarte cette coupe de moi ! Mais non ce que moi je veux, mais ce que toi, tu veux. » Et il vient, et il les trouve endormis, et il dit à Pierre : « " Simon, tu dors ! Tu n’as pas eu la force de veiller une heure !”… Veillez et priez, pour ne pas venir en tentation : l’esprit est ardent, mais la chair est faible.” Et, de nouveau, s’en étant allé, il pria, disant la même parole. Et de nouveau étant venu, il les trouva endormis, car leurs yeux étaient alourdis, et ils ne savaient que lui répondre. Il vient pour la troisième fois, et leur dit : “Vous dormez encore, et vous vous reposez ! Cela suffit. L’heure est venue. Voici que le Fils de l’homme va être livré aux mains des pécheurs. Levez-vous ! Partons ! Voici que celui qui me livre est tout proche”. »

 Qu’est ce qu’il y a au centre de ce texte ? Impressionnant ! Le moment “crucial”, si on peut dire

- Une affaire d’obéissance ?

Oui. Mais il y a plusieurs types d’obéissance. Il y a une obéissance relativement facile : aller chercher de l’eau, même si j’ai l’air un peu idiot au milieu des femmes à la fontaine. Toujours est-il qu’on y va ! Les serviteurs, les disciples de la colonne précédente font l’obéissance facile. Mais leur obéissance facile est prise dans l’obéissance difficile de Jésus : de Jésus, homme-Dieu, Dieu dans son corps, et homme devant quelque chose qui le dépasse. Jésus commence par s’enfoncer, puis essaie de biaiser : “Père, tu peux tout, à toi tout est possible ! Père, tu m’aimes et tu peux…”Voyez un peu ce que cela signifie entre ce Père et ce Fils. Transposons dans notre aujourd’hui. « Dieu, tu nous aimes, et pourtant… Tu m’aimes, et tu pourrais faire quelque chose… Alors, écoute, réponds-moi… » Et le Père ne répond pas. Jésus rentre en lui-même, repose la même question, et le Père ne répond pas. Jésus est pris dans la dialectique de l’Alliance, de ce qui avait été annoncé dans les Ecritures, de ce qui avait été promis, de ce qu’il a réalisé quelques heures plus tôt dans la première eucharistie. Il ne lui reste qu’une chose à faire : joindre sa volonté à celle de son Père : “Ce que toi, tu veux.” Ce : “Ce que toi tu veux” est devenu : « Ce que moi je veux, parce que je l’ai choisi sans que tu m’obliges à le choisir ». C’est la communion des volontés dans l’obéissance d’amour.

 Et la coupe, c’est quoi ?

- C’est la solitude, la souffrance.

 Quelle souffrance, précisément ?

- La peur de ce qui va se passer.

 Mais qu’est ce qui lui fait peur ?

- Répandre son sang.

 Boire la coupe – absorber –, ce n’est pas répandre – verser. Alors, qu’est ce qui lui est demandé de boire ?

- Tout le péché de l’homme.

 Disons oui.

 Jésus est venu pour prendre en lui le péché de l’homme, afin de le transformer par l’alchimie de l’Amour, et le restituer en vin eucharistique. Mais, ce qui lui fait tellement peur, c’est d’être plongé dans cet univers du péché, coupé de Dieu, abandonné de son Père. De participer totalement, jusque dans son corps, aux conséquences du péché. La nuit de Gethsémani, c’est celle du péché. Celle où Jésus, le Fils de Dieu a, comme dit St Paul “été fait péché” – ce qui est à bien comprendre, évidemment.

 Il est l’heure. Remarquons, pour terminer, l’alternance de l’amour et de l’obéissance dans les colonnes 3 à 6. Colonne 3, la Femme de Béthanie donne un exemple insurpassable d’amour pour Jésus et Jésus, colonne 5, en instituant l’eucharistie donne un exemple d’amour encore plus grand pour Elle ! Colonne 4, l’obéissance parfaite des deux disciples et du porteur d’eau est surpassée, colonne 6, par l’obéissance incomparable de Jésus envers son Père à Gethsémani.

Bienheureux sommes-nous quand cette alternance rythme de notre vie...

1

2

3

4

5

6

Marc 12,38-40

Jésus dénonce les mauvais scribes

  Chapitre 13

 Destructions,

 guerres,

 persécutions,

 profanations

14,1-2Les chefs juifs (dont les mauvais scribes) complotent pour tuer Jésus

10-11  Judas se joint au complot des chefs juifs contre Jésus

17-21Jésus annonce qu’un des disciples va le trahir

26-31Jésus annonce aux disciples que tous vont l’abandonner

 

 

 

 

 

 

41-44L’obole de la veuve

 

3-9L’onction à Béthanie au cours d’un repas

12-16 Les préparatifs du repas pascal

22-25Institution du repas eucharistique

32-42A Gethsémani

41 S’étant assis face au Trésor,

Jésus regardait la foule mettre de la petite monnaie dans le Trésor.

Et beaucoup de riches en mettaient abondamment.

42 Survint une veuvepauvre qui y mit deux piécettes, soit un quart d’as.

 

43 Alors il appela ses disciples, et leur dit : “ En vérité, je vous le dis, cette veuve, qui est pauvre, a mis plus que tous ceux qui mettent dans le Trésor.

44 Car tous ont mis de leur superflu, mais elle, de son indigence, elle a mis tout ce qu’elle avait pour vivre

(olon ton bion : toute sa vie) . ”

 

 

 

Annonce  de l’apparition du Fils de l’Homme venant sur  les nuées du ciel avec gloire et puissance…

 

 

 

 

3 Comme il se trouvait à Béthanie, dans la maison de Simon le lépreux, alors qu’il était allongé à table, une femme vint avec un vase d’albâtre contenant un nard pur de grand prix. Ayant brisé l’albâtre, elle le lui versa sur la tête.

……………………….

4 Or, il y en eut qui s’indignèrent entre eux : “  En vue de quoi cette perte de parfum ?

5 Ce parfum pouvait être vendu plus de 300 deniers et donné à des pauvres ”.

Et ils la rudoyaient.

6 Mais, Jésus dit : “ Laissez-la. Pourquoi la tracassez-vous ? C’est une bonne œuvre qu’elle a accomplie en moi.

7 En tout temps les pauvres vous les aurez avec vous, et quand vous le voudrez vous pourrez leur faire du bien.
Mais moi vous ne m’aurez pas en tout temps.

…………………………

8 Elle a fait ce qui était en son pouvoir. D’avance elle a parfumé mon corps en vue de l’ensevelissement.

 

9 En vérité, je vous le dis, partout où sera proclamé l’Evangile, dans le monde entier, on redira aussi ce qu’elle a fait, en souvenir d’elle. ”

12 Le premier jour des azymes, lorsqu’on immolait la pâque,

ses disciples lui disent :

“ où veux-tu que nous préparions pour que tu manges la pâque ? ”

13 Et il envoie deux de ses disciples, et leur dit :

“ Allez à la ville, etun homme portant unecruche d’eau viendra au-devant de vous. Suivez-le, 14 et, où qu’il entre, dites au maître de maison : “ Le Maître dit : Où est ma salle, où je pourrai manger la pâque avec mes disciples ? ”

15 Et lui vous montrera, à l’étage, une grande pièce, aménagée, toute prête ; faites-y nos préparatifs. ”

16 Les disciples partirent ; et ils vinrent à la ville, et ils trouvèrent les choses selon ce qu’il leur avait dit, et ils préparèrent la pâque.

22 Et tandis qu’ils mangeaient, ayant pris du pain,

dit la bénédiction,

il le rompit, et le leur donna et dit : “ Prenez ; ceci est mon corps. ”

 

23 Et, ayant pris une coupe, rendu grâce, il la leur donna, et ils en burent tous.

24 Et il leur dit : “ ceci est mon sang, celui del’Alliance, qui est répandu en faveur de beaucoup.

 

25 En vérité, je vous dis que jamais plus je ne boirai du produit de la vigne, jusqu’à ce jour où je le boirai, nouveau, dans le royaume de Dieu.

32 Et ils viennent dans un domaine du nom de Gethsémani.

Et il dit à ses disciples :  ”Asseyez vous ici, pendant que je vais prier ”.

33 Et il prend Pierre, et Jacques, et Jean avec lui, et il se mit à ressentir frayeur et anxiété. 34 Et il leur dit : ”Monâme est triste à mourir ; demeurez ici et veillez ”.

35 Et s’étant avancé un peu, il tombait à terre et priait pour que, s’il était possible, cette heure passât loin de lui.

36 Et il disait : “ Abba ! Père !tout t’est possible ; écarte cette coupe de moi ! Mais non ce que moi, je veux, mais ce que toi, tu veux. ”

37 Et il vient et les trouve endormis, et il dit à Pierre : “ Simon, tu dors ! Tu n’as pas eu la force de veiller une heure !…

38 Veillez et priez, pour ne pas venir en tentation : l’esprit est ardent, mais la chair est faible. ”

39 Et de nouveau s’en étant allé, il pria, disant la même parole.

40 Et de nouveau étant venu, il les trouva endormis, car leurs yeux étaient alourdis, et ils ne savaient que lui répondre.

41 Il vient pour la troisième fois, et leur dit : “ Vous dormez encore et vous vous reposez ! Cela suffit.  L’heure est venue. Voici que le Fils de l’homme va être livré aux mains des pécheurs.

42 Levez-vous ! Partons ! Voici que celui que me livre est proche. ”