Jacques Leclerc- J'aime les lointains

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Jacques Leclerc a 48 ans. Il est licencié en sciences et ingénieur en agriculture. Ordonné prêtre de la Mission de France il y a vingt ans et titulaire d'une maîfrise de théologie, il a d'abord vécu dix ans en Afrique de l'Est ou il a travaillé pour le développement rural De retour en France pendant cinq ans, il a appris le chinois et a été membre de l'équipe responsable du séminaire de la Mission de France. I1 vient de vivre cinq ans en Chine comme professeur en université et ingénieur en entreprise. Avec le projet de retourner en Chine après une pause française , il a rejoint le département d'agronomie d'une école d'ingénieurs en agriculture à Lille.

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UN HOMME DE PEU DE SIGNES

 

Au long de ces pages, de signe en signe, de la parole au pardon, de la rencontre à l'eucharistie, se profile une vie de prêtre. Ce prêtre n'a pas de paroisse, mais n'est-il pas pourtant prêtre attaché à un peuple? Il dit la messe seul, mais n est-ce pas pourtant l'eucharistie de l'Eglise ? Ceux avec lesquels il vit ne savent pas ce qu'est un prêtre, n'est-il pas prêtre pour autant?"

"Peu après être arrivé dans cette université chinoise, une étudiante a souhaité m accompagner à la sortie de mon cours, à travers le campus, jusqu'à une boutique de photographie Photos d'identité en main, mon étudiante a souhaité les regarder.

-Tiens, a-t-elle dit, on dirait un prêtre!

-Vous en avez dejà rencontrés, des prêtres ? ai-je demandé

-Non, jamais, a t-elle répondu avec un sourire, mais ça doit être comme ça !

Je ne pouvais pas dire â cette étudiante que j'étais prêtre. Mais elle semblait le savoir, autrement, silencieusement... Se tenir dans le silence, être signe pourtant. Etre prêtre en Chine, homme de peu de signes, et peut-être même jusqu'à recevoir de l'autre le signe que je donne"

 

UN ECHO A LA VOIX DE THERESE DE LISIEUX

 

"Sur ce chemin, j'ai entendu la voix de Thérèse de Lisieux comme une fraternité offerte au marcheur. Dialoguant avec un jeune prêtre envoyé en Chine il y a un siècle, elle a ouvert une voie qui interroge la marche de l'Eglise en mission. Un siècle plus tard, la fraternité de Thérêse m'a accompagné et éclairé mes pas sur les chemins chinois d'aujourd'hui."

Jacques Leclerc ouvre sa vie de prétre au lecteur et ce faisant, il entre lui aussi, dans le "sacrement du frêre" que Thérèse de Lisieux a partagé en son temps avec d'autres prêtres.

Jacques témoigne ici simplement - et il faut savoir lire entre les lignes. Il a lu les échanges entre Thérèse et son frère Adoîphe Roulland, il les a bien lus,il y a découvert deux coeurs marqués à la fois par l'Esprit d'Amour et marqués par "l'autre", celui qui n'a pas vos convictions ou un peuple qui n'a pas votre culture.

J'invite à écouter le chant que nous disent ensemble Adolphe, Thérèse, Jacques, la Chine et l'Esprit-Saint, un chant ténu comme la brise du prophète Elie, et fort comme le cri du Christ qui s'abandonne à l'Amour, le chant de ces fraternités différentes et Si unies, un chant d'amour pour notre temps.

 

      • Extrait de la préface de Jean-François Six

 

"En écrivant ce livre, j'ai beaucoup pensé à celles et à ceux, jeunes surtout, qui désirent témoigner mais se retrouvent seuls chrétiens là où ils vivent, étudient et travarnent. "s ne peuvent ni ne savent dire les mots de leur foi, louer Dieu et prier dans la solitude imposée. Il existe un chemin de disciple du Christ qui s'aventure au pays des lointains, saisi du désir de "voir" là où Dieu ne se dit pas."

 

UN ITINÉRAIRE SPIRITUEL EN CHINE

jacques LECLERC a 48 ans. Ordonné prêtre de la Mission de France il y a vingt ans, il a d'abord vécu dix ans dans l'équipe MDF de Tanzanie. Après avoir appris le chinois, il vient de passer cinq ans en Chine, comme professeur d'université et ingénieur en entreprise. Il publie ce mois-ci un livre intitulé : "j'aime les lointains”.

 

Pourquoi as-tu senti le besoin d'écrire ce livre?

J.L.: Des gens me disent parfois "Pour vivre ce que tu vis, a quoi cela sert-il que tu sois prêtre ?" Il est vrai qu'en Chine je suis resté un prêtre très discret. La loi chinoise est très dure dans le domaine religieux. Je célèbrais la messe seul chez moi le matin. Pourtant l'Église m'a envoyé là-bas comme prêtre. J'ai vécu en Chine les signes habituels du ministère de prétre, mais d'une manière différente. Et je me sens redevable d'exprimer les richesses spintuelles que j'ai découvertes.

 

Comment résumerais-tu cette expérience?

J.L. : En écrivant, j'avais en tête le visage de tant d'amis chinois pour lesquels la question de la foi en Dieu n'existe pas. J'ai perçu qu'ils n'étaient pas à rencontrer comme des gens à qui il manque quelque chose, comme un vide que je viendrais remplir, mais des gens qui vivent une expérience spirituelle dont je ne connais ni la source ni la fin. Pour pouvoir vivre avec eux une relation authentique qui aille au fond d'eux-mêmes, donc aussi de moi-même, ce ne peut être qu'avec le regard d'un homme spirituel. La profondeur de l'homme, la grandeur de son espérance sont vraies, authentiques, même quand Il est impossible de les accueillir dans une communauté de croyants. Mon rôle de prêtre est alors d’inviter l'Église à intégrer dans sa prière tous ces chercheurs de vérité qui sont eux aussi des signes de l'Esprit.

Ce type de dialogue spirituel est-il nouveau?

J.L. : En fait, il rejoint une grande ligne spirituelle de l'histoire de l'Église, la ligne mystique. La Mission de Fance s'y rattache. Entre le rouleau compresseur des intégrismes et la soi-disant indifférence spirituelle de nos sociétés, le dialogue spirituel - qui déborde le dialogue interreligieux - a de l'avenir. Je constate que la dynamique d'une vie de foi, dans le silence et le dialogue avec ceux que nous nommons les non-croyants, a un grand écho chez des jeunes qui ont du mal à exprimer leurs passions et leurs raisons de vivre. Devenir hommes spirituels pour rencontrer tous les hommes comme hommes spirituels...

 

Pourquoi ce titre: “J'aime les lointains" ?

J.L.: C'est une phrase de Thérèse de Lisieux qui m'a touché, il y a dix ans en Tanzanie. J'avais le sentiment que je devais franchir une étape vers les plus lointains, ceux avec qui, apparemment, je n'avais rien en commun. Un appel, vers la Chine...

Je me suis aperçu que Thérèse de Lisieux, patronne des missions et de la MDF, avait correspondu à la fin de sa vie avec un prêtre français parti en Chine. J'ai lu cette correspondance, dont je parle Ionguement dans mon livre. Au-delà du clin d'oeil, à un siècle de distance, j'ai senti que les carmélites vivent dans leur carmel ce que des prêtres vivent en Chine. Nous vivons la relation à Dieu comme un mystère. Le prêtre porte ce mystère là où il est envoyé: Ce monde vit le mystère de Dieu et on n'en sait pas le premier mot. Notre tâche de prêtres est de rendre l'Église et la société attentives à cette réalité cachée et silencieuse.

 

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