Hubert Lagente - Sept 05 - voyage vers Crozet

Journal de voyage : Hubert Lagente Crozet 2005

Trois jours d'exception à Crozet.

Ven 26 Aout :

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6h30 le Marion Dufresne jette l'ancre devant la base Alfred Faure.

Jean-Paul , pilote de l'hélico, et Johnny, le mécanicien, s'activent à sortir l'hélico du hangar, mettre les pales, faire le plein.

Pour eux trois jours intenses de rotation non-stop entre les transports des passagers, les caisses, les manip.

8h00 : première rotation : le courrier pour les hivernants : première visite depuis plus de trois mois : c'est sacré.

8h15 : je fais partie de la deuxième rotation : 2 minutes d'hélico, un tour au dessus de la base et débarquement sur la DZ. Les hivernants nous accueillent chaleureusement.

Un café à la vie commune et un lit préparé à l'hôpital.

Le temps est couvert, mais qu'importe.

Je descends sur la plage, à la baie du marin.

Instantanément, je suis au milieu des manchots royaux, des otaries, des éléphants de mer.

Je ferme les yeux : je suis en 1973, à la rockerie de Dumont d'urville, au pied du continent antarctique.

J'ouvre les yeux sur de la verdure, une plage de sable.

Je suis gagné par l'émotion, regarde deux otaries jouer entre elles, des pétrels géants et des skuas à l'affût de quelques manchots morts.

Il pleut et l'humidité gagne..

Très gentiment, Sylvie m'offre un thé.

vcat (volontaire aide technique), elle est vétérinaire et fait une étude sur les mécanismes biologiques chez les manchots royaux.

Elle travaille avec Yvon le Maho et René Groscolas. J'ai été en Terra adélie avec eux il y a 30 ans : c'était juste hier.

Le soleil revient. Je m'immerge encore dans la manchotière.

Sylvie me propose de remonter à la base avec elle par "le sentier des chèvres".

Dans les hauteurs, sur l'herbe, les grands Albatros ont fait leurs nids:

Elle m'explique : " ils vivent 80 ans. Adulte à 5 ans, le mâle se choisit une compagne à laquelle il reste fidèle jusqu'à la mort. La femelle ponds un oeuf par an jusqu'à 45 ans. On voit en ce moment l'élevage du jeune qui est nourrit alternativement par le père et la mère.

Ils vont chercher à la limite des eaux antarctiques les planctons nécessaires à sa croissance (3-4 jours de vol)

Midi : nous arrivons au bâtiment de vie commune.

Les deux cuisiniers ont préparé un somptueux buffet

Carpacio de légine

Brochette de légine

Langoustine

Mouton de kerguelen

C'est aussi le changement de mission : un superbe gâteau avec une trompe d'éléphant de mer en chocolat dit adieu à la 42ème et bonjour à la 43ème.

L'après midi, le temps s'améliore.

Un petit tour à la chapelle : émouvante face à la mer et l'île de l'est.

Puis je redescends à la manchotière par le chemin des chèvres.

Je m'attarde auprès des grands albatros, replonge au milieu des manchots, regarde jouer les otaries.

Le soleil joue avec les nuages, le Marion s'estompe dans la brume, les manchots marchent au pied des vagues : c'est magique.

Vers 16h , première manip de portière: c'est une sorte de radeau , avec trois gros boudin, tiré par une petite vedette du Marion et qui peut porter une dizaine de tonnes (l'hélico est limité à 750 kg).

Lorsqu'il arrive vers la plage, le Caterpilar le tire sur la grève et avec une grue mobile, on pose les caisses de plusieurs tonnes sur la remorque tirée par un tracteur.

Vers 18h la nuit arrive.

Retour à la base.

Dans la salle à manger, sont exposés les photos de toutes les missions. Je les photographie.

Apéro,

Ce soir, moment unique : Thierry Deles, Discro 42 , remet symboliquement les clés de Crozet au Laurent Besnard, Discro 43

Dîner buffet.

Le responsable Bcr (communication) me fait visiter son installation.

Un seul satellite géostationnaire est accessible au dessus de l'océan indien : Intelsat.

il est exploité par Immarsat . l'immarsat B permet une bande passante de 64 K . une antenne est sur l'ile.

Vsat permet une bande passante de 128 K.

Une autre antenne est sous un radome, puis relayé à une baie.

Cela permet d'assurer aux hivernants le mail avec 1 méga par boite au lettre et l'accès à Internet sur un poste. Mes 30 mots par semaine sont loin….

Soirée au bar.

Vers 22h, l'ambiance s'anime.

Des échanges en profondeur se nouent entre les hivernants et nous, les "envahisseurs" du jour.

Yannick ornithologue nous explique qu'il pose des GPS sur les grands Albatros pour faire une étude sur les trajets en mer.

Afin d'assurer l'étanchéité, il utilise des capotes : c'est léger et étanche.

Mais le toubib râle : il ne comprends pas pourquoi son stock de capote fond comme neige au soleil.

Un ti-punch plus loin, Philippe le prieur, ex discro-disams et futur disker, propose pour le lendemain une ballade à pied pour la baie américaine (BUS en language crozien).

Rendez-vous est pris pour demain 10h avec Stéphanie (bib sur le marion), Francois ( futur Disams), Luc (Cnes satellite),Béa (comptable Taaf), Adrien (CEA climatologue)

Encore un ti-punch : on refait le monde à la mode hivernants : la passion est intacte. Echanges exceptionnels.

Plusieurs m'envient d'avoir pu hiverner en Terre Adélie. Je leur fais revivre les aurores australes

Mais demain est un autre jour. Il faut bien dormir un peu.

Samedi 27 Août

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Café. préparation des sandwichs et on part.

Philippe a pris avec lui carte, GPS, Radio :

Il avertit la base de notre départ.

Très vite, on quitte la route et on part dans la montagne. Je découvre les souilles : ce sol totalement spongieux et élastique dans lequel la botte s'enfonce parfois jusqu'à la cuisse.

La nature sauvage est juste pour nous. On marche au milieu d'un espace unique et grandiose.

Une montée, une descente, un ruisseau, la mer au loin, un peu de brume.

Cette ambiance est magique.

Quelques heures plus loin, un grand Albatros a fait son nid à flan de colline devant la mer.

On s'approche à genou .on s'arrête c'est émouvant.

Puis on arrive sur une plage ou jouent des otaries.

La crèche de poussins manchots est bien fournie. Un adulte s'approche, chante. Un petit reconnaît sa mère et se laisse nourrir.

Un éléphant de mer (4m de long, une tonne) paraisse sur la plage. Il sort de sa sieste, montre les dents, rugit un peu...

On s'attarde dans ce lieu exceptionnel.

On remonte. Tiens une otarie dans une crique.

Puis d'autres grands Albatros dans leur nid.

On arrive à la petite cabane de BUS.

On partage le pain.

Eric nous fait découvrir un vestige de chaudron qui servait à l'huile des phoquiers.

Des traces de cabanes sont encore visible.

15h la brume descend. On retourne à la base en suivant Philippe.

Un peu de pluie. On marche dans l'humidité.

Plusieurs km et plusieurs ensouillements plus tard , Luc remarque : "c'est bizarre. le vent souffle dans le même sens qu'à l'aller"

On s'arrête, regarde la carte. On fait un point GPS. On est "paumé".

Petit dialogue radio :Philippe à Thierry (OPEA) : dans quel sens le vent ?

Thierry à Philippe : Dans le sens du bateau…..

Eclat de rire général…

On marche un peu pour bien se positionner au GPS,.et on fait un demi-tour complet pour retrouver la bonne direction.

On retrouve la rivière des manchots beaucoup plus loin que prévu, mais la rivière finit par se jeter dans la mer...

Vers 18h la nuit tombe.

Le vent souffle en rafale. La pluie tombe.

Ballade exceptionnelle dans un environnement hors du temps.

Douche. Le temps s'étant gâté, l'hélico n'a pas pu terminer ses rotations.

16 personnes sont coincées sur la base.

Les cuisiniers improvisent un buffet somptueux pour 60 personnes.

Il pleut et il vente dehors.

Le bar, le baby-foot restent le centre du monde ce soir. Les expériences s'échangent.

Johnny nous raconte l'arrivée d'australiennes de passage.

Philippe nous fait revivre l'émotion d'avoir célébré le mariage du cuisinier de la 41è. Une photo en garde le témoignage.

Jacky, qui ne compte plus les hivernages, partage sa vérité.

Yannick nous fait écouter la musique finlandaise qu'il vient de recevoir.

Virginie, derrière le bar, veille avec doigté sur ce petit monde.

Stéphanie nous raconte des petites histoires du Marion.

Soirée d'émotion : certains quittent demain Crozet après 12 mois passés au milieu des amis. Les nouveaux prennent ce soir possession des lieux.

2h du matin : un peu de sommeil réparateur

Dimanche 28 Août

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Le départ du Marion pour Kerguelen est fixé à 16h.

Jean-paul entame la noria d'hélico pour l'embarquement des derniers passagers à 14h.

La bonne nouvelle : j'ai encore la matinée.

Sylvie est au bâtiment vie commune : Aujourd'hui, elle délaisse ses manchots pour faire "la p'tite marie". Pas de femme de ménage ici : chacun, à tour de rôle passe l'aspirateur.

Un petit moment de calme : j'interview Sylvie à la caméra. Elle me raconte son hivernage, ses études sur les manchots, ses rêves pour le retour. il est possible que le Marion fasse une campagne océanographique en janvier. En quel cas le retour partira de Hobbart en Tasmanie et elle rejoindra sa soeur en Malaisie.

Sinon, c'est la Réunion avec un temps à Madagsacar pour étudier les lémuriens...

Puis je prends le sentier des chèvres.

Il y a du soleil et je m'accroupis près des grands petrels. Je reste près d'eux, silencieux.

Je continue vers un petit groupe de manchots qui joue sur l'herbe.Gentiment, Virginie me demande de m'éloigner un peu. Elle est en train de les compter pour ses études biologiques et il ne faut pas les perturber.

Je redescends sur la plage, regarde un manchot royal chanter pour retrouver son poussin, perdu au milieu de la crèche. Ils se retrouvent et le parent déglutit sa nourriture dans le gosier du petit.

Immobile, le froid me gagne. Avec une grande gentillesse, virginie me prépare un thé. On devise de tout, de rien: la vie sur la base, son après Crozet.

tiens voila Philippe (futur disKer). On échange sur son retour à Ker. son père à hiverné déjà deux fois à Ker. On partage sur ses motivations, Sybille qui l'attend en France, ses rêves futurs de devenir pilote au Canada et de piloter un jour les twin-otters qui assure la liaison avec le dome-C, au coeur du continent antarctique, à 1.000 km de Dumont d'Urville.

Il me propose de remonter par le chemin des chèvres.

On s'écarte un peu. il me montre la stèle de possession de l'ile.

Arrivé en haut après quelques haltes auprès des pétrels géants, il me dit: "viens, je vais te montrer les anciens bâtiments : le 'bout de bois' ; le 'bout de fil', les anciens bâtiments vie commune, ou restent quelques traces des anciens; la salle de sport.

Déjeuner. les cuisiniers ont encore fait des miracles, avec un petit gigot de Kerguelen et une pâtisserie maison.

Puis tout s'accélère.

Jean-paul vient nous chercher en hélico.

Un dernier adieu, une minute de vol et retour sur le Marion Dufresne.

Un peu ahuri, je retrouve ma cabine.

16h le capitaine actionne la corne de brume : au revoir Crozet.

Lentement l'île s'estompe dans le coucher du soleil.

On longe l'île de l'Est : sauvage et irréelle.

Le froid est mordant. Le soleil caresse les sommets. Moment magique.

On est plusieurs sur le pont, saisi d'émotion dans ce paysage somptueux et irréel.

Un ancien hivernant évoque l'histoire de ce naufragé qui a passé dix-huit mois sur cette île avant d'être secouru.

18h un tour à la passerelle. le GPS indique le 46ème parallèle.

La route est toute tracée jusqu'au 50ème rugissant.

Kerguelen est prévu pour mardi soir minuit, foi de GPS....

Un Ti'punch est bienvenu. le Marion navigue à 15 noeud droit au Sud. La mer forcit. Ca tangue, mais les habitudes sont prises.

Et maintenant, en route pour Kerguelen.

Hubert

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