Francette Bon Mardion - Sept 03 - Voyage à Kerguelen

L’APMA dans les Iles Australes

du 23/08 au 22/09/2003

Le samedi 23 août 2003 est le jour du grand départ vers les TERRES AUSTRALES : second voyage pour Gilbert, 38 ans après le premier, voyage souvent rêvé et pourtant inespéré, complètement inimaginable pour moi ; de toutes façons, un évènement exceptionnel pour tous les deux. Nous embarquons à La Réunion, au quai Est du Port, sur le MARION DUFRESNE II, bateau que nous avions visité, sur invitation d’Yvon BALUT, lors d’une de ses escales à Marseille, sans avoir imaginé un seul instant que nous aurions la joie d’y être passagers. Nous y avons un statut de touristes.

Gilbert est l’émissaire de l’AMAPOF dont il a reçu mission de la représenter pour faire connaître l’association auprès des hivernants. Depuis plusieurs années, en fait depuis que Bernard Duboys n’assure plus de rotation, les jeunes taafiens n’adhérent que peu, à cette association qui compte pourtant presque mille cotisants. Conscient de cette difficulté, l’Administrateur Supérieur des Terres Australes a alloué une subvention à l’AMAPOF pour financer le voyage d’une personne. Ceci n’est pas sans arrière-pensée puisque l’état français doit justifier la présence de résidents sur les îles, et comme il n’y a pas de résidents permanents, l’association apparaît comme un interlocuteur privilégié en cas de nécessité de concertation officielle. Encore faut-il quelle soit représentative et pérenne !

J’ai donc la chance de faire ce voyage, en compagnie de mon époux. L’APMA en a profité pour me demander d’être son « missionnaire». Ma présence ne pouvait qu’être discrète pour ne pas gêner Gilbert et ne pas créer d’ambiguïté sur l’objectif de sa présence.

Avant d’embarquer, nous avions pris contact, à la Réunion, avec le Père Théo REY, d’origine suisse, responsable du foyer des marins au Port. Avec son adjoint, venu du Sénégal, il nous a fait visiter les lieux d’accueil : une petite maison avec son jardinet, et trois pièces où se trouve l’inévitable baby-foot. Leur accueil est très chaleureux et ils nous ont présenté un projet de construction sur les mêmes lieux qui permettrait de recevoir les marins de façon plus fonctionnelle et plus amicale. Au cours de la discussion, le Père Rey nous a fait part de son inquiétude à propos de la situation du personnel malgache embarqué sur le Marion Dufresne. En juillet, ces derniers s’étaient mis en grève à Brest, sous l’impulsion de la CFDT locale, et avaient assez vite obtenu gain de cause avec une augmentation de salaire atteignant 100% ! Le protocole signé semblant peu compréhensible, Théo Rey a demandé à Gilbert de le lire pour avis ? Nous lui avons conseillé de contacter le négociateur de la CFDT de Brest pour avoir des précisions. A notre retour, nous avons appris que ces questions avaient trouvé réponses.

Dès notre embarquement, nous avons rencontré dans les coursives un jeune prêtre, à col romain, qui, à notre grand étonnement faisait la rotation avec nous. Nous pensions qu’il n’y avait plus de prêtre dans les Terres Australes. Or, nous avons appris que l’Administrateur Supérieur des TAAF a demandé au Diocèse aux Armées qu’un prêtre fasse la tournée des bases lors de la rotation de l’hiver austral. C’est Pascal Frey, un jeune eudiste basé à Toulon, qui a accepté cette mission pour cette rotation. Nous avons rapidement pris contact avec lui ; il ne connaissait ni les pingouins ni l’APMA. Il fut le premier à recevoir un numéro de LACT ainsi qu’un des CD gravés par Hubert. Il a très vite troqué le col pour la chemise, et s’est montré très simple et présent sur le bateau, partageant d’enfiévrées parties de cartes avec les futurs hivernants à bord. Grâce à lui, la messe a été célébrée tous les dimanches dans la salle de conférence, en présence d’une dizaine de personnes, des malgaches de l’équipage et des réunionnais, des personnels TAAF et quelques touristes. Des célébrations très simples, pas assez au goût de Gilbert, qui tournaient à l’exploit par grosse mer ! Les burettes, imprudemment sorties, ont du être très vite remises dans la valise. Je ne pense pas qu’il ait été très intéressé par les Pingouins mais il s’est montré bienveillant quand je lui ai annoncé que je déposerai des documents sur les bases. Dépendant du Diocèse aux Armées, sa position et son rôle ont l’avantage d’être officiels et reconnus par tous.

Sur les bases, nous avons visité les chapelles qui toutes sont très bien entretenues, particulièrement celle de Kerguelen. Débarqués en hélico sur Crozet, notre première visite sera pour la chapelle, petit bâtiment en promontoire, face à la mer, marqué d’une grande croix sur la face qui regarde la base et qui possède sa cloche. A l’intérieur, l’espace est minuscule mais une belle vierge aux oiseaux, sur un panneau de bois sculpté, occupe le fond d’un petit autel. A côté, c’est un bric-à-brac d’images pieuses où la vierge de la Salette côtoie Marthe Robin, le Pape, Notre Dame de Lourdes. Nous découvrons un message de René Tanguy lors de sa rotation (par l’APMA). En tant que représentante de cette association, j’y laisse un numéro de LACT et deux CD, en espérant qu’au moins par curiosité, certains en prendront connaissance. J’ai un peu l’impression d’être un naufragé qui lance une bouteille à la mer. A la grâce de Dieu.

A Kerguelen, il semblait que Notre Dame des Vents nous attendait , à moins que ce ne soit « Notre Dame du Vent », l’Esprit planant aussi sur les eaux des mers australes ! Gilbert reconnaît l’allée de cailloux qu’il avait aidé à réaliser avec Jean Volot et d’autres, lors de son séjour. Nous avons été impressionnés par le bon état de la chapelle qui, non seulement est bien entretenue, mais semble fréquentée. Les vitraux donnent une belle lumière qui nous invite à rester au calme et à l’abri dans ce lieu chaleureux et habité. Le grand Christ en croix est particulièrement impressionnant, replié sur ses jambes, il a une attitude peu conventionnelle. Le visage de la grande vierge me surprend et je lui préfère la petite statue qui a été placée à l’entrée de la chapelle. Nous avons appris, par hasard, que c’est Peter, notre guide, qui l’a mise en place, après copie, il y a deux ans : devant placer cette vierge dans la chapelle, il voulait la mettre là où elle devait aller. Lui, le mécréant, a donc « téléphoné à un curé, ancien de Ker, qui vit dans une abbaye », il ne savait plus trop où. J’ai pu lui dire que je pensais bien connaître ce curé là ! J’ai donc pu raconter cette histoire à Jean qui ne s’en souvenait pas ?

Nous avons pris le temps de lire le livre d’or de la chapelle qui nous raconte sa construction et les messages qui font suite. C’est très émouvant. On peut y lire celui du père d’un des gars des TAAF, avec nous sur le Marion et futur « discro », qui semble tellement heureux de marcher dans les traces de son père. Pascal Frey qui a célébré la messe la veille, entouré d’une poignée de personnes, a également marqué son passage. Il y a renouvelé le dépôt d’hosties consacrées. On ne se formalisera pas, là non plus, sur les bondieuseries qui foisonnent. On a appris qu’une réunionnaise, tout le temps de son séjour, est venu y prier tous les jours ! Ce lieu lui appartient donc plus qu’à nous qui ne sommes que de passage !

Notre dernière visite sera pour la mini chapelle de l’île d’Amsterdam ; c’est un tout petit bâtiment enfoui au milieu des autres, tellement exigu qu’on n’y restera pas très longtemps, le temps de déposer nos petits cadeaux habituels : un LACT et 2 CD du site.

Sur le bateau, les opérations de transbordement étant achevées, l’équipage et le personnel sont plus détendus et retrouvent un peu de temps. C’est ainsi que le dernier dimanche, après la célébration, nous sommes invités à un dîner créole par Gilbert Vélo et son équipe malgache, dans leur salle à manger. Le bateau a en effet un cuisinier malgache qui fait spécialement les menus de son pays pour ses concitoyens. Ce fut un grand moment de découverte de leurs conditions de vie (les cabines et leur « carré » avec vidéo, HiFi, etc.) et de leur sens del’hospitalité.

Le hasard a voulu que nous retrouvions Gilbert Vélo et quelques gars de son équipe qui rentraient chez eux, dans le hall de l’aéroport. Cela nous a permis un long échange autour d’une « dodo », la bière locale. Ils ont exprimé leurs inquiétudes sur les suites de leur action. Ils ont conscience que leur augmentation de salaire a des conséquences imprévues : plus de payement à bord du Marion par le Commandant, mais à Madagascar par un « commissionnaire » qui va se payer au passage ; plus d’autorisation de pêcher à bord pour leur propre compte, et suppression « d’usages » consentis ou « avantages acquis » au fil des années. Mais le plus grand risque est le non renouvellement d’embauche au profit de travailleurs Mauriciens, moins chers sur le marché. (Depuis notre retour, nous avons pu constater que cette crainte risquait, effectivement, de se vérifier !). Notre seule action a été d’en avertir notre ami « pingouin », Angel LLorente, secrétaire de la FAM (Fédération des Associations d’Accueil des Marins).

En conclusion :

Il ne faut pas penser à la « rentabilité » d’une telle action. Qu’en restera-t-il ?

Il est bien difficile d’en faire une évaluation ! D’autant plus qu’il m’était impossible d’annoncer la couleur. Ce qui est sûr, c’est que sur toutes les bases, il existe des chapelles qui non seulement sont entretenues mais visitées.

Autre élément concret : un prêtre assure une rotation tous les ans et on a pu voir que sa présence était bien acceptée.

C’est une opération peu coûteuse pour l’APMA et, le seul risque pris est celui de se faire connaître !

Francette.

---------------

Nous contacter - ... - ...